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Mondial: la France jouera contre le Togo sans Zidane

lundi 19 jui, 03 h 43

par Pierre Sérisier

LEIPZIG, Allemagne (Reuters) - La France jouera son troisième - et peut-être dernier - match du Mondial 2006 privée de Zinedine Zidane, qu'elle a toujours considéré comme un sauveur.

En d'autre temps et dans une situation aussi périlleuse, l'absence de "Zizou" aurait été considérée comme un désastre, une calamité, une perte inestimable, un moins dans la colonne des déficits. Pas cette fois.

Et le deuxième carton jaune (un peu sévère) dont le numéro 10 a écopé dimanche soir face à la Corée du Sud est peut-être même la meilleure chose qui pouvait arriver aux Bleus.

Zidane aura 34 ans le jour du face à face crucial contre les Togolais, que la France se doit de remporter par deux buts d'écart pour être certaine d'accéder aux huitièmes de finale de la compétition, quels que soient les résultats de ses adversaires.

Ce qu'il peut apporter à l'équipe de France est de plus en plus sujet à interrogation.

Contre les Coréens, il fut presque transparent, ne parvenant plus à accélérer le jeu d'une remise rapide ou à l'éclairer d'une frappe lumineuse.

Le Madrilène n'a pas caché sa fureur lors de son remplacement par David Trezeguet en toute fin de partie dimanche. Il a passé le banc français en revue et s'est éclipsé dans un regard noir, quittant ce qui était peut-être son dernier match.

Vendredi, les Français vont jouer comme ils devront le faire dès qu'auront commencé les qualifications pour l'Euro 2008 dans un groupe très difficile.

L'IRONIE DE L'HISTOIRE

Ils vont devoir prendre leur destin en main et d'une certaine manière, ils sauront vraiment ce dont ils sont capables. A tout le moins, ils ne vivront plus dans l'illusion d'un coup de génie du maître.

L'histoire possède un certain sens de l'ironie qui, à quatre ans d'écart, remet en perspective toute l'aventure des Bleus depuis qu'ils sont tombés de leur piédestal.

Comme en 2002, au Mondial asiatique, la France doit remporter son dernier match par deux buts d'écart. Mais en Asie, l'espoir de ce résultat improbable résidait dans la résurrection de Zidane, victime d'une déchirure musculaire à la cuisse et absent des deux premiers matches.

Mal rétabli, jouant avec un épais bandage, le héros de 1998 n'avait réussi aucun miracle dans l'étouffante chaleur de Busan: la France et lui avaient repris le chemin de Paris, tête basse et toute humiliation bue alors qu'ils étaient venus chercher une deuxième étoile.

Cette fois, la victoire passe nécessairement par son absence et par l'idée - incongrue il y a encore peu de temps - que la France ne joue pas mieux avec lui.

Elle va devoir jouer différemment.

Le 4-2-3-1 imaginé pour lui et qui l'aida à réussir le chef d'oeuvre de sa carrière, l'Euro 2000, n'est plus tout à fait d'actualité. Zidane suspendu, Raymond Domenech n'a que peu d'options et la probabilité d'un retour au 4-4-2 qui a largement fait ses preuves dans d'autres tournois est très forte.

Ce sera certainement la question principale à laquelle devra répondre le sélectionneur d'ici au match de Cologne.

La bonne nouvelle est que Claude Makelele est toujours aussi impressionnant et que Patrick Vieira retrouve son jeu et son charisme.

Au détour d'une conférence de presse, Raymond Domenech avait un jour évoqué l'ambiance qui régnait dans les vestiaires de l'équipe de France au soir de son élimination en 2002. "C'est quelque chose de terrible, quelque chose que personne n'a envie de vivre et que l'on ne peut pas oublier", avait-il dit.

Le stratège français n'a jamais été aussi prêt de goûter aux fruits amers d'un revers qu'il avait du mal à imaginer il y a encore quelques jours.

Une nouvelle élimination au premier tour serait plus que désastreuse. Elle ramènerait la France des années en arrière et elle effacerait en grande partie le bénéfice tiré des sacres de 1998 et 2000.

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