La Presse Canadienne

Joie et inquiétude ont marqué la chute du mur, racontent ceux qui y étaient

samedi 7 nov, 13 h 53

Par Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

MONTREAL - La nouvelle voulant que le mur de Berlin soit sur le point de tomber a tout d'abord été accueillie avec une bonne dose de scepticisme et d'incrédulité, racontent ceux qui étaient à Berlin le 9 novembre 1989, mais ces sentiments ont rapidement été remplacés par la joie et l'euphorie quand il est devenu évident que l'histoire était sur le point de basculer.

"Dès le 8 novembre on sentait qu'il allait se passer quelque chose, il y avait beaucoup d'émotion dans l'air", a raconté Sabine Urban, une Berlinoise d'origine établie dans la région de Montréal depuis 15 ans.

Pour sa part, la Québécoise Suzane Landry était à Berlin pour réaliser un reportage sur les camps de réfugiés quand la nouvelle a commencé à circuler en début de journée. Les Allemands sont arrivés pendant la soirée, explique-t-elle, et c'est à ce moment que la fête a éclaté.

Vers minuit, poursuit Sabine Urban, toutes les églises de la ville ont commencé à faire retentir leurs cloches, ce qu'on a appelé les 'Friedenglocken' - les cloches de la liberté. Les gens ont ensuite commencé à traverser de l'Est vers l'Ouest, et il est devenu évident qu'il ne serait jamais possible de revenir en arrière pour renvoyer tous ces gens chez eux.

"J'ai vu une femme sortir avec une poussette avec des sacs en plastique, a dit Suzane Landry. Là j'ai compris que les gens qui sortaient en pleine nuit avec un bébé sous le bras craignaient que le gouvernement ne change d'idée. Ils se demandaient si c'était vrai, alors ils en profitaient."

Mme Landry est ensuite traversée du côté Est. Elle s'est rendue jusqu'à Pariser Platz, où elle a vu l'un des premiers graffitis à être apposé sur le mur de ce côté: 'Le mur est tombé'. Par les fenêtres, des gens les regardaient étrangement en se demandant ce qui se passait.

Puis - "comme dans les films", dit-elle - un message a été lancé dans les haut-parleurs, leur intimant de quitter l'endroit. Elle s'est alors retrouvée confrontée à une ligne de policiers et de soldats est-allemands.

"Je me souviens d'avoir espéré qu'ils avaient eu la même nouvelle que moi", a-t-elle lancé en riant.

Son amie a demandé à un soldat, en allemand, s'il était heureux de la nouvelle, ce qui leur a valu comme seule réponse un petit sourire en coin.

"Une fois sur place, quand les gens sont montés sur le mur, j'ai compris que c'était vrai, j'ai réalisé qu'on vivait un moment historique, a poursuivi Mme Landry. Et en plus j'ai vu la première plaque de béton être retirée le dimanche; de voir disparaître ce monument-là qui est peut-être le plus marquant d'après la guerre, oui tu comprends que tu fais partie de l'histoire."

Sabine Urban révèle quant à elle que cette euphorie a ensuite fait place à une certaine inquiétude - de la part des Berlinois de l'Est, qui avaient tout laissé derrière eux, mais aussi des Berlinois de l'Ouest, qui se demandaient comment ils allaient intégrer ces milliers de nouveaux-venus.

"Nous étions contents de les voir et j'aurais accueilli des étrangers chez moi, mais en même temps les gens de l'Est n'étaient pas prêts, a-t-elle expliqué. Sous le régime communiste, toutes les décisions étaient prises pour eux et on se demandait comment ils allaient pouvoir fonctionner."

Des considérations plus terre-à-terre sont aussi entrées en ligne de compte, comme les espaces de stationnement et les appartements qui étaient déjà difficiles à trouver à Berlin. L'aide accordée par le gouvernement aux réfugiés a aussi créé beaucoup d'insatisfaction et de jalousie, ajoute Mme Urban.

"Donc, après un an ou deux, les gens ont commencé à parler de reconstruire le mur, mais encore plus haut, a-t-elle dit. Je suis contente que (la réunification) se soit produite, mais ça aurait dû se faire plus lentement. Les résidants de l'Est ne voulaient pas quitter, ils voulaient seulement être libres et pouvoir voyager."

Suzane Landry garde quant à elle de toute cette expérience le souvenir de la joie ressentie par un peuple enfin réunifié, mais aussi d'une tragédie vécue pendant autant d'années.

"On prend notre liberté d'expression et de circulation pour acquis, mais quand on sait qu'il y a un pays où les gens ont été séparés du jour au lendemain, on comprend que l'Histoire de certains peuples n'est pas toujours facile", a-t-elle dit.

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