samedi 7 nov, 13 h 52
Par Jean-Benoit Legault, The Associated Press
MONTREAL - La chute du mur de Berlin dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989 est un événement fortuit de l'histoire, explique le professeur Laurence McFalls, qui dirige le groupe de recherche du Centre d'études allemandes et européennes de l'Université de Montréal.
"C'était un geste désespéré d'un régime qui cherchait à sauver les meubles, a-t-il dit. Le régime est-allemand était chancelant depuis un mois."
Il s'en est fallu de peu pour le tout se termine dans le sang. Informé qu'une manifestation aurait lieu le 9 octobre à Leipzig, dans le sud du pays, le régime avait prévu la "solution chinoise", à savoir une répression similaire à celle de la place Tiananmen quelques mois plus tôt. Des milliers de policiers avaient été recrutés, des sacs mortuaires avaient été commandés et les réserves de sang avaient été renflouées.
Mais devant 70 000 personnes qui manifestaient paisiblement dans les rues, le régime s'est retrouvé sur la défensive. Il avait joué la carte de la répression et il avait échoué. A partir ce moment-là, poursuit le professeur McFalls, le régime est-allemand a cherché à se donner une nouvelle légitimité en adoptant différentes réformes.
"Le porte-parole du régime, Günter Schabowski, a annoncé que la frontière pouvait être franchie n'importe quand par n'importe qui, a-t-il dit. Et quand les journalistes lui ont demandé à partir de quand, il a répondu tout de suite."
Des milliers de gens se sont alors précipités vers la frontière. Pris au dépourvu, les soldats qui la gardaient n'ont pas su comment réagir face à cette foule qui réclamait le droit de partir et l'incertitude a régné pendant des heures.
"Et là il y a eu un autre accident: un soldat a ouvert la porte, et à partir de ce moment-là c'était terminé", a affirmé le professeur McFalls.
En 1989, la chute du mur de Berlin, symbole ultime du communisme et de la guerre froide, était rendue inévitable. Tous les régimes communistes cherchaient à se sortir de la crise, ils se cherchaient une nouvelle légitimité, mais "ce qui tient du miracle, c'est qu'il n'y ait pas eu de sang versé et que ça se soit terminé pacifiquement", a-t-il ajouté.
"Nous sommes toujours à la recherche du 'coupable' qui a ouvert la porte, a dit le professeur McFalls. Plusieurs aimeraient dire que c'est eux, mais si un soldat avait décidé de défendre l'intégrité territoriale, si un fou avait lancé une pierre, il y aurait pu avoir un bain de sang."
En bout de compte, poursuit-il, personne ne croyait suffisamment à ce régime pour le défendre et l'opposition n'était pas assez forte pour que les gens acceptent de risquer leur vie pour le faire tomber. Certaines divisions au sein du Parti communiste ont aussi empêché les "purs et durs" de réagir par la force.
"C'était un phénomène de masse, tout le monde y a participé, a expliqué le professeur McFalls. Et c'est ça la beauté de la chose: tout le monde y était, tout le monde a fait sa part, certains en ne faisant rien du tout, et ça aussi c'est très important."
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