vendredi 6 nov, 12 h 06
Par Slobodan Lekic, The Associated Press
LONDRES - Après la mort récente de sept soldats britanniques en Afghanistan, Gordon Brown a lancé une mise en garde très claire vendredi aux autorités de Kaboul. Le Premier ministre britannique a prévenu qu'il n'était pas prêt à risquer la vie de ses hommes pour un gouvernement afghan "qui ne se dresse pas contre la corruption".
Cet avertissement à destination d'un Hamid Karzaï nouvellement réélu à l'issue d'un processus chaotique, intervient sur fond d'intenses débats entre les Etats-Unis et leurs alliés concernant l'avenir de l'Afghanistan et d'un réexamen de la stratégie américaine: les 43 pays contribuant à la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS/ISAF) qui compte 107.000 hommes en Afghanistan, participent à ces entretiens, selon le secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen.
"Nous sommes engagés dans un intense processus (...) sur le moyen d'avancer en Afghanistan", a précisé M. Fogh Rasmussen vendredi à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg.
Jeudi, de hauts responsables de la Maison Blanche et du Pentagone avaient informé les membres de l'Alliance atlantique des progrès dans le débat en cours à Washington. La délégation -emmenée par Michele Flournoy, chargée des politiques du Pentagone-est d'abord venue écouter les pays alliés pour connaître leur position sur le conflit, en proie depuis des mois à une escalade meurtrière.
Selon la mission américaine auprès de l'OTAN, ces entretiens s'inscrivent dans une "série de discussions multilatérales" nourrissant les évaluations du président Barack Obama sur le meilleur moyen de "soutenir l'objectif central", qui est le démantèlement et de la mise en échec d'Al-Qaïda.
D'après un représentant de l'Alliance, les discussions de jeudi n'ont pas porté sur des demandes de renforts, thème qui devrait être traité lors d'une réunion en décembre des chefs de la diplomatie de l'OTAN.
Le général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines et alliées de l'OTAN en Afghanistan, souhaite le déploiement de dizaines de milliers de soldats supplémentaires pour marquer des points décisifs dans une guerre entrée dans sa neuvième année.
Le président Barack Obama, confronté à des choix difficiles, est pressé de toutes parts pour prendre rapidement une décision à ce sujet, qu'il annonce pour "les semaines à venir".
Mais les sondages d'opinion montrent une opposition croissante au déploiement de renforts en ces temps de crise, de réduction des budgets de défense et de désillusion face au conflit.
Dans ce contexte, Gordon Brown a haussé le ton face aux autorités afghanes vendredi. Si le Premier ministre britannique a souligné qu'un succès en Afghanistan était d'une importance capitale pour la sécurité de son pays, il a prévenu dans un discours que Kaboul perdrait le soutien de la communauté internationale s'il ne faisait pas le ménage dans ses propres rangs.
"Je ne suis pas prêt à risquer la vie de femmes et d'hommes britanniques pour un gouvernement qui ne se dresse pas contre la corruption", a-t-il lancé.
La Grande-Bretagne a mobilisé environ 9.000 hommes en Afghanistan, dont une majorité dans la province méridionale d'Helmand, soit le deuxième contingent étranger après les forces américaines. Londres a promis d'envoyer 500 soldats supplémentaires en Afghanistan, mais cet envoi dépendra des progrès des autorités, a déclaré Gordon Brown.
Sept soldats britanniques ont été tués en Afghanistan la semaine dernière, dont cinq ont été abattus par un policier afghan qu'ils formaient. Des décès qui sont venus renforcer encore le refus croissant de ce conflit dans l'opinion britannique.
Soulignant que le gouvernement afghan était devenu synonyme de corruption, Brown a affirmé que le président réélu Hamid Karzaï l'avait assuré que "la première priorité de son nouveau gouvernement serait de prendre des mesures décisives contre la corruption".
"Le soutien international dépend de l'ampleur de son ambition" et du "degré de sa réussite dans cinq secteurs clés: la sécurité, l'autorité, la réconciliation, le développement économique, et l'engagement avec les voisins de l'Afghanistan", a souligné le Premier ministre britannique. S'il échoue dans ces domaines, "il manquera non seulement à ses devoirs envers son propre peuple mais il aura perdu son droit à un soutien international".
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