La Presse Canadienne

Hamid Karzaï prône l'ouverture et promet des réformes

mardi 3 nov, 11 h 24

Par Heidi Vogt Et Amir Shah, The Associated Press

KABOUL - Hamid Karzaï tend la main à toutes les factions. Déclaré vainqueur par défaut de la présidentielle après le forfait de son rival Abdullah Abdullah, le président afghan a entamé mardi son deuxième mandat en lançant un appel à l'opposition, affirmant vouloir un "gouvernement de participation nationale", et promettant de lutter contre la corruption qui a marqué les années de son premier mandat.

Lors d'une conférence de presse, Hamid Karzaï a exprimé son souhait d'avoir un gouvernement d'union nationale, expliquant que seraient les bienvenus des personnes originaires "de toutes les régions du pays" et n'importe quel membre de l'opposition dans son gouvernement, y compris les talibans souhaitant travailler pour le bien du pays.

"Ceux qui veulent travailler avec moi sont les bienvenus, qu'ils se soient opposés à moi ou qu'ils m'aient soutenus lors de l'élection", a déclaré Karzaï.

Le docteur Abdullah Abdullah, ancien ministre des Affaires étrangères, avait fait savoir qu'il ne participerait à un nouveau gouvernement.

En revanche, les deux hommes ont négocié en privé au sujet de portefeuilles ministériels, et des moyens d'intégrer les objectifs d'Abdullah dans le futur travail gouvernemental, selon des personnes proches des deux camps. Pour renforcer sa légitimité, Karzaï devrait donc offrir des postes de premier plan à des hommes d'Abdullah.

Les Etats-Unis, contraints désormais bon gré mal gré à composer avec Karzaï, l'ont également incité à promouvoir des réformes et à tendre la main au camp d'Abdullah.

Appelant lundi Karzaï pour le féliciter pour sa réélection, Barack Obama a "souligné que cela doit être le moment pour nous de commencer à écrire un nouveau chapitre". Le président américain a expliqué l'avoir aussi prévenu qu'il serait jugé aux "actes" et non aux "paroles".

Lors de son allocution de mardi, Karzaï s'est également directement adressé aux talibans, déclarant: "Nous voulons que nos frères talibans et tous les autres reviennent et nous rejoignent".

Le président afghan a également promis de lancer des réformes pour lutter contre la corruption, qui a miné la légitimité de son gouvernement. "L'Afghanistan est associé à la corruption. Nous ferons de notre mieux par tous les moyens possibles pour éliminer cette tâche sombre de nos vêtements", a-t-il assuré, s'engageant à mieux dépenser l'argent de l'aide internationale.

Dans un communiqué diffusé avant la conférence de presse de Karzaï, les talibans avaient de leur côté crié victoire, affirmant que l'abandon du second tour de l'élection présidentielle prouvait que leurs efforts pour faire échouer le vote avaient été couronnés de succès. Le groupe islamiste a publié son communiqué sur un site internet taliban qui précise que "nos braves moudjahidines ont pu perturber tout le processus".

Lundi, le président sortant avait été proclamé vainqueur de l'élection présidentielle en Afghanistan, après l'annulation par la Commission électorale indépendante du second tour initialement prévu le 7 novembre et le retrait dimanche de son seul opposant.

Abdullah Abdullah avait dénoncé les fraudes massives du premier tour, le 20 août dernier, rendaient impossible un scrutin libre et équitable, en accusant la Commission électorale de partialité.

Reste que, face à la chaotique conclusion de cette présidentielle marquée par la fraude et les atermoiements, dont les péripéties durent depuis l'été, les analystes voient mal comment les Européens pourront justifier auprès d'opinions publiques réticentes un engagement plus important cette guerre de plus en plus impopulaire.

Et côté américain, la pression monte désormais pour que Barack Obama prenne au plus vite sa décision sur le déploiement militaire en Afghanistan, et l'ampleur qu'il doit avoir.

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