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Crucifix dans les écoles, scandales sexuels: l'Eglise en profite pour faire entendre sa voix

samedi 7 nov, 03 h 32

ROME (AFP) - Crucifix dans les écoles condamné par la Cour européenne de Strasbourg, pilule abortive, hommes politiques impliqués dans des scandales sexuels... Autant de sujets débattus récemment en Italie, et dont l'Eglise catholique a profité pour rappeler son influence.

Mardi, la condamnation de l'Italie par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) pour la présence de croix dans les écoles publiques a été rejetée pratiquement à l'unanimité, aussi bien à droite qu'à gauche, dans un pays qui reste fortement marqué par le catholicisme.

Le numéro deux du Vatican, Tarcisio Bertone, en a profité pour intervenir dans le débat, avec un langage inhabituellement franc: l'Europe "ne nous laisse que les citrouilles" d'Halloween "et elle nous enlève nos symboles les plus chers", a-t-il dénoncé.

"L'Italie n'a jamais été laïque, c'est un pays concordataire", rappelle Sergio Romano, éditorialiste du quotidien Il Corriere della Sera, dans un entretien à l'AFP. "Avoir le siège de l'Eglise chez soi est un problème", estime-t-il, soulignant que "tous les partis ont le problème de la cohabitation avec l'Eglise". En outre, "le gouvernement actuel (de Silvio Berlusconi) accepte de donner plus d'espace à l'Eglise et est prêt à lui faire des concessions", précise-t-il.

C'est ainsi que la pilule abortive RU486, après avoir reçu le feu vert de l'Agence du médicament (Aifa) en dépit de l'opposition farouche de l'Eglise, n'est toujours pas commercialisée en Italie en raison de la lenteur du gouvernement à publier cette décision au Journal officiel.

Le scandale impliquant le président de la région du Latium qui englobe Rome, Piero Marrazzo, contraint à la démission après avoir été surpris dans une situation embarrassante avec une transsexuelle est venu s'ajouter à des affaires scabreuses entourant Silvio Berlusconi.

Le chef du gouvernement, en plus d'être accusé par sa femme Veronica Lario de fréquenter des mineures, a donné 18 fêtes dans ses résidences à Rome et en Sardaigne entre septembre 2008 et janvier 2009 auxquelles ont participé une trentaine de prostituées.

Dans une allusion transparente, le chef de la conférence épiscopale italienne, le cardinal Angelo Bagnasco, avait demandé en septembre aux hommes politiques de faire preuve de "mesure, de sobriété, d'équilibre et d'honneur" dans l'exercice de leurs fonctions.

"Les Italiens sont très conservateurs, très orientés vers la famille", explique Sergio Romano, en estimant que l'Italie "a toujours raté le coche de la modernité".

Le Parlement a ainsi rejeté en octobre une proposition de loi pour punir l'homophobie alors que l'Italie est l'un des derniers pays d'Europe occidentale à ne pas avoir adopté de législation sur l'union civile des homosexuels.

"Certains sujets ne peuvent pas être traités dans la sérénité et le calme. Quand on parle de sujets liés au sexe, tout se complique", a déploré Donatella Poretti, sénatrice du Parti démocrate (centre-gauche) et auteur de propositions de loi sur la prostitution et la transsexualité.

Elle a également dénoncé la "pruderie" des hommes politiques italiens, parfois prêts en privé à faire des avancées mais qui redeviennent frileux dès que le débat devient public.

Sur la même longueur d'onde que Sergio Romano, Donatella Poretti souligne que par rapport aux autres pays "l'Italie a un problème en plus: la présence d'un Etat dans l'Etat, la proximité du Vatican".

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