AFP

"Un cabaret Hamlet" à l'Odéon: to be or not to be... tou-bi, tou-bidou

samedi 7 nov, 07 h 00

PARIS (AFP) - Aller voir ou ne pas aller voir Hamlet après tant de mises en scène, tant de représentations ? A cette interrogation, l'homme de théâtre Matthias Langhoff répond par un dynamitage en règle du chef-d'oeuvre de Shakespeare, puis fouille les décombres et en extrait des diamants.

Son "Cabaret Hamlet", qui a débuté jeudi au Théâtre de l'Odéon à Paris et se poursuit jusqu'au 12 décembre, est un montage hétéroclite qui tire le royaume du Danemark vers "L'Opéra de quat'sous" et sonorise les brumes nordiques avec un piano mécanique, une trompette bouchée et les "tou-bi, tou-bidou" des chorus girls. Il y a pêle-mêle du Brecht, du Jérôme Savary et du Cotton Club dans tout cela.

Car l'Allemand Matthias Langhoff, ami d'Heiner Müller, a pour théorie qu'il faut déconstruire les chefs-d'oeuvre afin de leur rendre l'éternité, de les "désempoisser" de toutes les gloses et commentaires dont ils ont fait l'objet au cours des siècles.

Langhoff reprend Brecht qui disait à propos des classiques: "par déférence, on les a estropiés et, à force de les encenser, on leur a fait perdre leur éclat".

Mais à l'Odéon, aucun danger de déférence. Et pour déconstruire, Langhoff déconstruit. Il y a d'abord la salle transformée à l'orchestre en "Biergarten" avec dégustation d'une célèbre bière danoise à mi-parcours, il y a ensuite Claudius joué par un acteur qu'un accent africain prononcé rend parfois difficile à comprendre, il y a Horatio devenu Horatia, il y a enfin Hamlet qui, la cinquantaine bien tapée, pourrait être le père de sa mère Gertrude.

Le texte lui-même a été parfois modifié de l'intérieur sans qu'on s'en rende forcément compte. Ainsi Hamlet se lance-t-il dans le monologue de Macbeth, ainsi plusieurs scènes ont été déplacées d'un acte à l'autre, ainsi Hamlet et Laërte disent ensemble un même texte.

Mais le vrai choc vient de la célèbre tirade "to be or not to be". Elle débute d'abord par une variation sur divers thèmes musicaux assez éloignés des madrigaux élisabéthains. Sur le côté de la scène, l'orchestre de jazz niché dans une conque nacrée, façon boîte de nuit des années 40, donne le tempo. Les comédiennes tout en strass et satin déclinent "to be or not to be" sur l'air de "Singin'in the rain", sur le générique de "Mission impossible" et sur les premières notes de la valse du "Danube bleu". Amusante provocation, une Marianne drapeau tricolore à la main reprend elle aussi la célèbre tirade.

Puis la parodie, le "sabotage" font place au texte lui-même, sec, froid, dit avec force par un Hamlet qui fixe la salle dans les yeux: "être ou ne pas être voilà la question". La tirade est dite d'ailleurs deux fois.

La déconstruction théâtrale, qui dure tout de même quatre heures et demie, s'enlise un peu dans la seconde partie: moins de trouvailles, une certaine pesanteur empêchent la joyeuse débandade du départ de porter complètement ses fruits. Jusqu'à la dernière scène, forte malgré tout, quand les principaux protagonistes, Hamlet, Gertrude, Claudius et Laërte, finissent comme de vulgaires pendus qui désormais ne se posent plus la question d'être ou de ne pas être.

RECOMMANDEZ CET ARTICLE

Notez-la ou Votez:

Moyenne (Not Rated)

0.0 Étoiles