vendredi 6 nov, 03 h 47
BRISTOL (Grande-Bretagne) (AFP) - Le compte à rebours a commencé: le médecin-explorateur Jean-Louis Etienne, qui tentera en avril prochain la traversée intégrale et inédite de la banquise arctique en ballon, a pris livraison mercredi à Bristol (Angleterre) de son aéronef de l'aventure.
Pour cette tentative historique qui coûta la vie en 1897 à l'explorateur suédois Salomon Auguste Andrée et à deux de ses compagnons, Jean-Louis Etienne a remis son destin entre les mains du prestigieux et premier fabriquant au monde de ballons, Don Cameron, établi depuis plus de 40 ans à Bristol, l'ancien port britannique de l'âge des découvertes.
C'est Cameron qui construisit les rozières (ballon mixte à gaz et air chaud) des Suisse et Anglais Bertrand Piccard et Brian Jones, auteurs en 1999 du premier tour du monde sur cet aérostat, et de l'américain Steve Fosset qui réédita l'exploit en solitaire en 2002.
"Le compte à rebours a commencé", s'exclame Jean-Louis Etienne caressant l'immense enveloppe blanche en nylon d'une trentaine de mètres de haut qu'il voit pour la première fois et qui l'emmènera dans les cieux glacés des plus hautes latitudes boréales.
Sir Don Cameron, ancien ingénieur aéronautique, fait lui-même l'instructeur et explique à l'explorateur français les caractéristiques techniques de la rozière.
Le ballon est à double enveloppe. La première, qui contiendra 2.200 m3 d'hélium, est protégée par la seconde qui renfermera l'air chaud. Les deux hommes pénètrent dans la grande bulle oblongue de toile étalée sur le sol d'un grand gymnase.
Dans le ventre immaculé de l'aéronef, Don Cameron, 70 ans, grande carcasse alerte et oeil malicieux, dispense un cours d'aérostation à l'élève Jean-Louis Etienne, son cadet d'à peine dix ans, qui est tout ouïe.
"Je matérialise enfin tous ces mois de réflexion qui ont présidé à l'élaboration de mon projet, dit Jean-Louis Etienne. J'en finis avec la partie technique. J'acquiers la parfaite connaissance de l'engin. Je vais maintenant me consacrer à l'entraînement en multipliant les heures de vol sur un ballon à air chaud en Picardie".
Le défi d'Etienne (premier homme en 1986 à atteindre le pôle nord géographique en solitaire) est ambitieux: s'envoler de l'île norvégienne du Spitzberg (au nord du cap Nord) pour rejoindre l'Alaska, via le pôle nord géographique, après un vol d'une quinzaine de jours et de quelque 3.500 km... sur le papier.
Certes, il sera assisté au sol (à Paris) d'une équipe technique et scientifique de très haut niveau. Son routeur, Luc Trullemans, qui a déjà permis à Bertrand Piccard et Brian Jones de mener à bien leur tour du monde, sera son guide, son tuteur de vol.
Mais au final, ce sont les vents qui décideront et dont il faudra aller chercher les bonnes veines, entre zéro et 4.000 mètres, pour être poussé dans la bonne direction, car une rozière n'est pas un dirigeable.
"C'est l'inconnu dans l'inconnu", explique David Boxall, l'ingénieur en chef de Cameron. "Plusieurs paramètres vont entrer en jeu: accumulation ou non de neige sur l'enveloppe, températures polaires, rayons du soleil 24h/24 (printemps boréal) sur l'enveloppe. Embarquer dans un ballon c'est toujours l'inconnu. Or, cette expédition n'a jamais été réalisée. C'est le second inconnu".
"Je ne pourrai dormir que 2 heures toutes les six heures, ça me va. C'est ce que font les skippeurs en course", dit Jean-Louis Etienne. Mais les skippeurs de 63 ans ne sont pas légion...
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