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Etats-Unis: les groupes d'influence polluent le débat sur le réchauffement

mercredi 4 nov, 06 h 27

WASHINGTON (AFP) - Au moment où le Congrès américain se prépare à légiférer sur la limitation des gaz à effet de serre, les groupes d'influence, ou lobbies, tentent de faire pencher le débat en leur faveur à coup de millions de dollars et d'arguments parfois douteux.

Qu'il s'agisse des intérêts des industriels ou de ceux, évidemment opposés, des défenseurs de l'environnement, le coût des campagnes de communication de ces groupes a connu l'année dernière une croissance à deux chiffres.

Des entreprises du secteur de l'énergie ont déjà dépensé 300 millions de dollars pendant les trois premiers trimestres de 2009, selon le Center for Responsive Politics, qui suit le comportement des groupes de pression.

Les lobbies les plus dépensiers pendant ces neuf mois ont été ceux des entreprises pétrolières et gazières (120,7 millions de dollars), les compagnies d'électricité (108 millions), tandis que les firmes spécialisées dans les énergies alternatives ont vu leurs dépenses augmenter de 40% à 23 millions.

Le secteur de l'énergie est le troisième en terme de dépenses de lobbying après ceux de la santé et des affaires.

A côté, les dépenses des groupes de défense de l'environnement paraissent limitées: malgré une hausse de 14% par rapport à la même période de 2008, ils n'ont dépensé que 16 millions de dollars pour tenter d'influer sur la politique américaine de l'environnement.

Les bus et métros de Washington sont tapissés de publicités liées au sujet. D'un côté, des compagnies pétrolières encouragent les utilisateurs à économiser; de l'autre, des défenseurs de l'environnement prophétisent l'apocalypse si rien n'est entrepris pour enrayer le réchauffement climatique.

Certains messages s'embarrassent peu de science: une publicité passée en octobre à la télévision comparait le dioxyde de carbone à un "engrais aérien". A l'origine de cette campagne, l'ancien industriel du pétrole texan Leighton Steward, qui veut ainsi empêcher les élus américains d'imposer des régulations coûteuses.

"Nous sommes prêts à dépenser des milliers de milliards de dollars pour essayer de réduire le dioxyde dans l'atmosphère, alors qu'il n'a, je pense, aucune influence sur le changement climatique", soutient-il.

De son côté, l'ancien vice-président Al Gore a mis son poids politique dans une campagne en ligne, avec un site internet en forme de cahier de doléances pour les énergies renouvelables, et pour slogan: "soutenir une politique d'énergies propres pour créer des millions d'emplois et résoudre la crise du climat".

Mais son argumentaire reste vague et ne mentionne pas le système d'échange de droits d'émission et de mise à l'amende des pollueurs, ou les moyens de neutraliser les gaz émis par les centrales au charbon qui fournissent la grande majorité de leur électricité aux Américains.

Pour Bob Perkowitz, président du groupe EcoAmerica qui étudie l'attitude des Américains vis-à-vis des questions d'environnement, l'imprécision des arguments des deux parties dans ce débat reflète le peu d'expertise du grand public en la matière.

"La plupart des Américains finissent par obtenir des informations superficielles de différentes sources, et se forment une opinion assez vague sur le sujet", remarque-t-il.

"Cinquante pour cent des Américains ne croient pas en l'évolution. La même mentalité règne sur le réchauffement planétaire", observe de son côté le professeur de géochimie Wally Broecker, de l'université de Georgetown à Washington.

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