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Les doutes sur l'EPR, nouveau coup dur pour la filière nucléaire française

mardi 3 nov, 10 h 39

PARIS (AFP) - Les critiques de trois autorités de sûreté sur la conception de l' portent un nouveau coup dur à la filière nucléaire française qui a fait de ce réacteur de 3e génération son produit vedette à l'exportation.

Les autorités de sûreté nucléaire britannique, française et finlandaise ont émis lundi d'importantes réserves sur le "contrôle-commande" (ou système de pilotage) du réacteur développé par le français Areva et l'allemand Siemens.

En cause: le système qui permet l'exploitation du réacteur au quotidien ne serait pas suffisamment indépendant du système de sauvegarde, déclenché en cas d'urgence.

"L'enjeu, c'est de s'assurer que, si on perd le système d'exploitation normal, on ne perde pas en même temps le système de sauvegarde", explique Guillaume Wack, directeur des centrales nucléaires à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

"Il y a un gros travail à fournir" par Areva et EDF (qui construit l'EPR en France) pour se conformer aux recommandations, ajoute-t-il.

Un travail d'une telle ampleur que l'ASN doute de l'aptitude des deux entreprises à le mener à bien et les enjoint d'ores et déjà à examiner un système de pilotage alternatif.

Pour la filière nucléaire française, qui a fait de l'EPR sa vitrine internationale, les remontrances des autorités de sûreté font peser la menace de coûts et de délais supplémentaires sur les chantiers en cours.

Mardi, le groupe d'électricité EDF a cependant assuré qu'il n'y avait pas "à ce stade, d'impact sur le planning" du chantier de Flamanville (Manche). Une déclaration contredite par un responsable gouvernemental qui a évoqué "une perte de temps de deux à trois ans".

A Olkiluoto, en Finlande, le chantier de l'EPR accuse déjà trois ans de retard et a coûté 2,3 milliards d'euros de provisions à Areva. Le groupe nucléaire exclut toutefois tout coût ou délai supplémentaire pour l'instant.

En Chine, le premier béton des deux EPR de Taishan, annoncé pour mi-septembre, n'a toujours pas été coulé. "La construction n'a pas formellement commencé" mais devrait intervenir "dans le futur proche", a indiqué à l'AFP un porte-parole de l?électricien chinois CGNPC.

A la Bourse de Paris, les traders semblaient parier sur de nouveaux retards: le titre Areva perdait 3,79% à 349,25 euros vers 15H30.

La décision des autorités de sûreté "va se traduire par un report des calendriers de livraison et des études supplémentaires", estime Pierre Boucheny, analyste chez Kepler Capital Markets.

Consultante chez Capgemini, Colette Lewiner, juge au contraire "faible" la probabilité que cette décision "ait un impact significatif sur les délais et les coûts".

Dans un premier temps, EDF et Areva devront faire la démonstration de la fiabilité de leur système, ce qui correspond à "quelques heures de travail d'ingénieur et des papiers à renvoyer", estime-t-elle.

Tout dépendra ensuite de la réaction des autorités de sûreté. Si la copie n'est pas jugée satisfaisante, les groupes pourraient avoir à modifier tout leur système de pilotage, à des coûts bien plus élevés.

Un changement du "contrôle-commande" des EPR pourrait durement affecter la filière nucléaire française, en lice pour vendre deux réacteurs à Abou Dhabi, et même retarder sa certification aux Etats-Unis, attendue pour 2011.

Ce réacteur, pour lequel Areva a déjà enregistré 18 précommandes, n'est cependant pas le seul à subir les foudres des autorités de sûreté.

Ainsi, son concurrent, l'AP1000 de l'américain Westinghouse, a été récemment critiqué par l'autorité américaine (NRC), qui a estimé qu'il pourrait ne pas résister à un ouragan, un tremblement de terre ou même à des vents violents.

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