mardi 3 nov, 08 h 34
LA HAYE (AFP) - L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, qui a continué lundi de boycotter son procès pour génocide, a annoncé qu'il assisterait mardi à une audience de procédure devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie.
"Je serai (...) ravi de participer à l'audience de procédure le mardi 3 novembre", a écrit M. Karadzic dans une lettre au juge sud-coréen O-Gon Kwon, qui préside son procès, publiée lundi.
L'ex-chef politique des Serbes de Bosnie, qui se défend seul, ne s'est pas présenté lundi après-midi à la troisième journée d'audience de son procès. Il avait déjà boycotté les deux premières audiences, les 26 et 27 octobre, au motif qu'il n'a pas eu assez de temps pour préparer sa défense.
L'audience de mardi est une audience de procédure destinée à examiner les conséquences du boycott de l'accusé sur le déroulement du procès. "J'espère que nous pourrons trouver une solution qui mènera à un procès équitable, et pas seulement expéditif", a souligné M. Karadzic dans sa lettre.
Mais le juge Kwon a lancé une mise en garde. "S'il maintient sa position de ne pas assister au procès, nous pourrons poursuivre en son absence et lui assigner un avocat pour le représenter", a-t-il dit à l'issue de l'audience lundi.
"Nous lui conseillons de réfléchir longuement à cette situation avant de présenter ses arguments oralement demain", a-t-il ajouté.
Radovan Karadzic, qui plaide non coupable, avait réclamé en vain en septembre dix mois supplémentaires pour préparer sa défense qu'il assure seul, assisté en coulisses par une vingtaine de juristes.
La désignation d'un avocat commis d'office par le tribunal, solution souhaitée par l'accusation, devrait entraîner un ajournement du procès pour plusieurs mois, le temps que l'avocat désigné se prépare.
L'accusation a achevé lundi après-midi sa présentation, entamée le 27 octobre, des charges de génocide, crimes de guerres et crimes contre l'humanité pesant contre M. Karadzic pour son rôle dans la guerre de Bosnie (1992-1995) qui a fait 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés.
L'accusé "savait que pendant les 44 mois de siège de Sarajevo, ses forces bombardaient et tiraient sur des civils, créant un climat de terreur", a affirmé le procureur américain Alan Tieger. Durant le siège de la capitale bosniaque, qui s'est achevé en novembre 1995, 10.000 civils avaient été tués.
"La population civile était visée parce qu'elle vivait dans la capitale d'un pays multiethnique qu'il voulait diviser sur une base ethnique", a poursuivi M. Tieger. "Loin de prévenir ces crimes ou de punir les responsables de ces crimes (...) l'accusé les a encouragés", a-t-il ajouté.
Arrêté en juillet 2008 à Belgrade après 13 ans de cavale, M. Karadzic est aussi poursuivi pour le massacre de plus de 7.000 hommes et garçons musulmans en juillet 1995 à Srebrenica, "l'un des chapitres les plus noirs de l'humanité", selon l'accusation.
"M. Karadzic a ordonné l'opération contre Srebrenica, point culminant de son effort de nettoyer ethniquement l'est de la Bosnie", a affirmé M. Tieger. "Cet homme nie parce qu'il sait que la vérité le condamne", a-t-il ajouté.
Radovan Karadzic doit aussi répondre de la prise en otages de quelque 200 observateurs et Casques bleus de l'ONU en mai-juin 1995. "Certains de ces otages étaient menottés à des mâts (...) ou des paratonnerres", a noté l'accusation, selon laquelle "certains ont subi des maltraitances physiques".
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