Radio-Canada

Commission Bouchard-Taylor : Québec maintient le crucifix à l'Assemblée nationale

jeudi 22 mai, 13 h 08

Les réactions à la présentation du rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles ne se sont pas fait attendre.

Quelques moments à peine après la présentation des recommandations des commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor, le gouvernement Charest a fait connaître son intention de ne pas retirer le crucifix qui surplombe le siège du président à l'Assemblée nationale.

Cette annonce du gouvernement de Jean Charest est une réaction directe au rapport des commissaires qui recommandent que « le crucifix au-dessus du siège du président de l'Assemblée nationale soit retiré et replacé dans l'Hôtel du Parlement à un endroit qui puisse mettre en valeur sa signification patrimoniale ».

Le gouvernement du Québec, qui n'a visiblement pas l'intention de se plier à cette recommandation, a déposé jeudi après-midi une motion à l'Assemblée nationale réclamant le maintien du crucifix en Chambre au nom du patrimoine et de l'histoire du Québec. Cette motion a été adoptée à l'unanimité par les 100 députés présent à l'Assemblée nationale pour ce vote.

Voici le texte de la motion adoptée à l'Assemblée nationale:

« Que l'Assemblée nationale réitère sa volonté de promouvoir la langue, l'histoire, la culture et les valeurs de la nation québécoise, favorise l'intégration de chacun à notre nation dans un esprit d'ouverture et de réciprocité et témoigne de son attachement à notre patrimoine religieux et historique représenté par le crucifix de notre Salon bleu et nos armoiries ornant nos institutions. »

Franciser les immigrants avant leur arrivée

Le gouvernement du Québec ne rejette pas pour autant l'ensemble des recommandations du rapport Bouchard-Taylor. En Chambre, le premier ministre Charest a promis des mécanismes pour aider les administrations publiques à traiter les questions d'accommodement dans le respect de la laïcité des institutions québécoises. Une décision qui va dans le sens de l'une des recommandations formulées par les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor.

Jean Charest a également annoncé que son gouvernement allait agir pour renforcer la francisation des immigrants avant même leur arrivée au Québec.

Le gouvernement Charest entend en effet faire signer une déclaration aux candidats à l'immigration par laquelle ils s'engageront désormais à adhérer aux valeurs communes de la société québécoise.

L'ADQ défend sa position autonomiste

Le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, trouve que la réaction du gouvernement Charest ne va pas assez loin pour affirmer l'identité québécoise. « C'est impossible d'avoir un si grand dérangement pour si peu », a-t-il dit, en réaction à la déclaration du premier ministre Charest à l'Assemblée législative.

Selon M. Dumont, le premier ministre ne donne aucune piste pour affirmer l'identité de la majorité.

Il est donc revenu avec sa démarche autonomiste qui repose notamment sur l'adoption d'une constitution québécoise.

« Je tends de nouveau la main au premier ministre pour que se réalise ce projet collectif », dit-il.

Deuxièmement, Mario Dumont propose la reconnaissance du Québec dans la Constitution canadienne. Le rapport Bouchard-Taylor évacue trop rapidement, selon lui, la dimension canadienne de la problématique des accommodements. La Constitution canadienne adoptée en 1982, et « imposée au Québec sans le consentement de cette assemblée a eu des effets déstructurants beaucoup plus importants que nos dirigeants de l'époque ne pouvaient même l'imaginer », dit-il.

Le chef de l'Action démocratique propose donc qu'on modifie l'article 27 de la constitution canadienne pour y ajouter la reconnaissance constitutionnelle de la nation québécoise.

Il faut reconnaître, dit-il que « le Québec constitue une société d'accueil et aussi la claire prépondérance de la langue française sur le territoire québécois ».

Enfin, M. Dumont croit que le gouvernement doit assumer un leadership fort.

« Le visage du Québec a changé, les gestionnaires n'ont pas de balise, et il faut une politique gouvernementale qui s'articule sur deux plans, et qui s'inscrive dans une démarche autonomiste, soit le respect du patrimoine culturel du Québec et la séparation de l'église et de l'État » affirme Mario Dumont.

La solution souverainiste

Si le chef de l'ADQ croit que la solution à la crise identitaire passe par l'autonomisme, la chef du deuxième parti d'opposition, Pauline Marois, elle, croit que la solution à cette crise passe plutôt par la souveraineté.

Mme Marois salue la volonté du premier ministre d'affirmer les valeurs communes aux Québécois.

Mais, après une première lecture, elle estime que « le rapport de la commission passe à côté de l'essentiel. Il ne va que dans un sens. Or, il existe un malaise identitaire au Québec auquel on se doit de répondre ».

Selon elle, les engagements du premier ministre ne répondent pas de manière forte à ce malaise identitaire. Les gestes qu'il pose sont bons, dit-elle, mais ils sont déjà contenus dans des projets de loi. Elle croit donc que le premier ministre ne va pas assez loin.

Pour répondre concrètement à la crise identitaire, elle croit qu'il est impératif de renforcer la loi 101 pour que le français devienne la véritable langue commune du Québec.

En dernière instance, il n'y pas de compromis pour assurer la pérennité du Québec, « la véritable solution à cette inquiétude reste pour le Québec de détenir tous les pouvoirs, soit ceux d'une majorité nécessaire sur son territoire. Cet acte fondateur, il se nomme la souveraineté du Québec », a-t-elle déclaré à l'Assemblée nationale.

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