vendredi 6 nov, 21 h 24
POLITIQUE (RC) - Des leaders des communautés innues du Québec menacent d'utiliser tous les moyens possibles pour faire dérailler le Plan Nord du gouvernement Charest, un projet de développement du territoire québécois au-delà du 49e parallèle.
Les chefs de cinq des sept communautés innues de la Côte-Nord, soit les Innus d'Ekuanitshit, Matimekush-Lac John, Pessamit, Unamen Shipu et Uashat Mak Mani-Utenam, ont d'ailleurs boycotté, vendredi, la séance de travail de la ministre responsable de ce projet, Nathalie Normandeau.
Le gouvernement s'est servie de cette rencontre, qui a réuni à Québec quelque 200 personnes, dont les dirigeants de 63 communautés nordiques, pour présenter sa vision du développement du Nord et discuter d'une structure d'intégration des communautés touchées à ce vaste projet.
Les leaders innus dissidents estiment que Québec et Ottawa ne respectent toujours pas intégralement leurs droits ancestraux, leurs titres aborigènes, leurs traités historiques et modernes et leur droit à l'autonomie gouvernementale. Pour eux, la séance de travail était plutôt une opération de relations publiques.
L'un d'entre eux, le chef du Conseil des Innus de Pessamit, Raphaël Picard, a expliqué sur les ondes de RDI que les municipalités présentes à la séance de travail étaient pour lui des « créatures du gouvernement », et que les discussions entre Innus et gouvernement devraient plutôt se dérouler d'égal à égal. Il a ajouté que le développement du Nord n'était pas une chose nouvelle, mais une réalité à laquelle les communautés des Premières Nations sont confrontées depuis 50 ans.
Il a indiqué que des mesures plus draconiennes pourraient être prises pour mettre fin à « l'approche de sourd » du gouvernement. « Dorénavant, il va falloir marcher sur les corps de nos ancêtres, de nos grands-pères, de nos pères, sur nos corps à nous, sur celui de nos enfants et sur celui de nos arrières-petits-enfants pour qu'il y ait de nouveaux développements sans qu'on n'y ait participé pleinement », a déclaré Raphaël Picard.
Au sortir de la séance, la ministre Normandeau a minimisé l'opposition des autochtones au projet de son gouvernement, disant qu'elle venait de « 5 chefs sur 33 communautés autochtones ». « Tout au long du processus, on va réitérer notre appel auprès de ces chefs qui ont manifesté des réserves à venir travailler avec nous, c'est fondamental, a-t-elle dit.
Mais en même temps, il n'est pas question de saper une démarche, qui aujourd'hui, dans le fond, fait l'unanimité auprès des 215 participants qui ont pris part à cette première rencontre des partenaires ».
Oui, mais avec des réserves
Toutefois, les chefs présents n'ont pas donné de chèque en blanc au gouvernement Charest. Dans un communiqué publié avant la rencontre, le chef de l'Assemblée des Premières Nations au Québec et au Labrador, Ghislain Picard, a déclaré que les relations avec Québec et Ottawa devraient être « de nation à nation, de gouvernement à gouvernement ». M. Picard croit qu'Ottawa a un rôle de fiduciaire des droits constitutionnels des Autochtones, et qu'il doit les protéger d'éventuelles violations et rétablir une relation de confiance.
« Monsieur Charest vend le Québec ailleurs qu'au Québec. On connaît la grande richesse et ça, on l'étale régulièrement sur le marché. Au niveau du Québec, c'est des richesses naturelles. On entend à gauche et à droite sur la valeur électrique du gouvernement du Québec. Donc tout ça, faut que ça se vende quelque part, a ajouté Ghislain Picard, en entrevue à Radio-Canada. Et ça, c'est des richesses naturelles qui sont sur un territoire, qui sont encore empreintes d'un titre autochtone et des droits qui y sont associés. »
Pour le grand chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Coon Come, le Plan Nord existe depuis 1975 et s'appelle la Convention de la Baie-James, accord signé à l'époque avec les Cris et les Inuits, puis amélioré en 2002 par la paix des braves. Selon M. Coon Come, ces ententes ont établi les règles et les normes du développement du Nord, mais trop souvent, les gouvernements ne les ont pas respectées.
Certains Cris disent toutefois que la présence du grand chef Coon Come à la rencontre gouvernementale diminue son pouvoir de négociation. Rappelons que Matthew Coon Come avait mené et gagné la bataille contre le projet hydroélectrique de Grande-Baleine, abandonné en 1994.
Les villes contentes, l'opposition sceptique
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, dit n'accorder aucune crédibilité au Plan Nord du gouvernement Charest. « Moi, je crois que ça a été vraiment de la poudre aux yeux lancée par M. Charest pour épater la galerie. [...] Je crois qu'il est inadmissible qu'un premier ministre leurre comme ça une population ».
Les villes démontrent de leur côté davantage d'enthousiasme. La Fédération québécoise des municipalités (FQM) dit nourrir de « grands espoirs » face à ce plan, qu'elle attend avec « impatience ». Son président, Bernard Généreux, a déclaré que le développement du nord du territoire québécois constituait « une occasion unique de faire table rase des vieux modèles de développement basés sur la simple extraction des ressources qui sont ensuite transformées à l'extérieur avec pour conséquence un minimum de retombées sur le plan local. Ces modèles, par exemple dans les secteurs des mines et de la forêt, « ont conduit à un cul-de-sac », estime-t-il. Il réclame même que le gouvernement « [fasse] au sud ce qu'il propose pour le Nord ».
Le président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), Robert Coulombe, également maire de Maniwaki, a de son côté souligné « le poids économique du Nord ainsi que l'interdépendance desterritoires ».
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