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Mondial: le retour réussi de Lilian Thuram

lundi 3 jui, 12 h 25

par Pierre Sérisier

HAMELN, Allemagne (Reuters) - Lilian Thuram était revenu en traînant les pieds, sélectionné contre son gré au moment où l'équipe de France se cherchait des certitudes et imaginait ne pouvoir les trouver que dans son passé.

Un an plus tard, le Turinois s'apprête à honorer sa 120e sélection sous le maillot étoilé et à disputer une deuxième demi-finale de Coupe du monde, mercredi, face au Portugal.

Quand il avait tourné le dos à sa carrière internationale après l'échec de l'Euro2004, il n'imaginait pas que celle-ci le rattraperait de la sorte et lui offrirait l'occasion d'une sortie plus digne de son talent.

"Longtemps avant tout ça, le sélectionneur était venu me voir. Nous avions discuté et il m'avait demandé de renoncer à ma décision", raconte Thuram.

"Je lui avais répondu que j'avais bien réfléchi et que je ne voyais aucune raison pour changer d'avis. Il m'avait alors dit qu'il avait la possibilité de me sélectionner même contre mon gré. Puis, il était parti en me conseillant de bien réfléchir."

En août 2005, alors que Zidane a annoncé son retour, en compagnie de Claude Makelele, le défenseur des Bleus apprend qu'il est convoqué pour un match contre la Côte d'Ivoire.

"Je ne me sentais pas le courage d'entrer en conflit avec le coach", se souvient Thuram.

Il revient à Clairefontaine. Mais il reste dans son coin, parle peu, et se contente de faire ce que l'on attend de lui. Rien de plus.

Il joue et il rentre à Turin. On le rappelle. Il joue à nouveau et il rentre à Turin, sans vraiment parler aux autres et sans vraiment répondre à leurs questions.

"Je n'étais pas persuadé que je pouvais rendre service à l'équipe de France en revenant", affirme-t-il avec autant de conviction que de vraie modestie.

Thuram était parti parce qu'au terme d'un Euro raté, dans lequel il avait perdu le plaisir de jouer, il avait acquis la certitude de ne plus rien avoir à faire avec cette équipe de France.

FRAGILE ET BEAU

"Quand je repense à ce championnat d'Europe, quand je repense à la façon dont on s'est qualifiés difficilement, quand je repense aux matches, je me dis qu'il y avait dans cette équipe une telle indiscipline que lorsque nous jouions c'était n'importe quoi.

"S'il n'y a pas de groupe, il n'y a pas d'équipe et s'il n'y a pas d'équipe, on perd son temps. Et à mon âge, je n'avais pas envie de perdre mon temps.

"Un sélectionneur peut parler pendant des heures. Prêcher pour l'oubli de soi, si les joueurs ne sont pas réceptifs, cela ne sert à rien.

"Une grande équipe, ce n'est pas une équipe avec des grands joueurs mais une équipe avec des joueurs qui savent s'oublier. Or dans le football, c'est difficile car on a des egos très forts."

A son retour, la méfiance est de rigueur et sa présence tient avant tout au sentiment d'un devoir à accomplir.

Le changement se fait lors du voyage en Martinique début novembre 2005. C'est là qu'il acquiert la conviction qu'il peut et qu'il doit rester jusqu'au Mondial.

"Je suis parfois un peu rigide. Et en Martinique, j'ai pris le temps de me relâcher un peu. J'ai pris le temps de parler et j'ai découvert un groupe qui était très sain et solidaire. Et c'est ce qui était le plus important pour moi."

Ce déplacement aux Antilles avait pourtant été monté à la hâte avec pour motif de faire un geste symbolique en faveur d'une population meurtrie par une catastrophe aérienne.

Tous les joueurs l'avouèrent par la suite, ce déplacement, vivement contesté par leurs clubs, fut un moment important dans la consolidation du groupe France.

"Je crois que certains joueurs de 2004 ont su se servir des erreurs du passé et ils ont compris qu'il n'y a qu'une seule route à suivre si l'on veut gagner", précise-t-il.

Dans quelques jours, Thuram, 34 ans, va prendre sa retraite internationale.

"Pour le bien de tout le monde, il faut que je m'arrête, parce que vu mon âge...", ajoute-t-il en plaisantant.

"Mais quoi qu'il arrive dans cette Coupe du monde, je suis ravi d'être là car je sais que je vais rester sur quelque chose de très positif", dit-il.

Cet épisode lui aura appris une chose essentielle.

"Dans le football, tout peut changer en un instant, parce que vous marquez un but ou parce que l'adversaire en marque un. Tout est très fragile. C'est pour cela que c'est beau, aussi."

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