mardi 20 oct, 13 h 25
LA HAVANE (AFP) - Le gouvernement de Raul Castro a accepté de libérer mardi un prisonnier politique à la demande du chef de la diplomatie espagnole qui avait promis la veille à La Havane de plaider la cause cubaine auprès de l'Union européenne, un "échange" contesté par des dissidents.
Condamné à 13 ans de prison en 2003 pour ses activités au sein du parti -illégal- Orthodoxe, Nelson Aguiar, 64 ans, a été libéré mardi matin après la visite la veille à La Havane de Miguel Angel Moratinos, selon l'ambassade d'Espagne à Cuba et des dissidents.
M. Aguiar, qui souffre selon son épouse d'arthrose dégénérative avancée, faisait partie d'un groupe de 75 militants dont les arrestations en 2003 avaient entraîné la suspension pendant cinq ans de la coopération entre La Havane et Bruxelles. 53 de ces militants restent toujours sous les verrous.
Un autre Cubain en liberté provisoire depuis 2006 et accusé d'espionnage au profit des Etats-Unis, Lazaro Angulo, 48 ans, a lui déclaré à l'AFP depuis sa ville de Camaguey (centre) avoir obtenu, grâce à l'intervention de Madrid, l'autorisation de se rendre au Costa Rica pour suivre un traitement médical.
Les autorités cubaines ont également accepté de placer l'entrepreneur espagnol Pedro Hermosilla, détenu depuis un mois à La Havane pour corruption, en liberté conditionnelle dans l'attente de son procès.
"C'est le résultat d'un dialogue respectueux", a déclaré à l'AFP un diplomate espagnol en évoquant un "geste important" qui en "appelle d'autres" de la part de La Havane.
M. Moratinos a obtenu ces "libérations" après un entretien lundi de près de trois heures, selon lui, sur "toutes les questions en suspens", avec le président Raul Castro.
Le frère et successeur de Fidel a assuré vouloir poursuivre les réformes pour relancer l'économie exsangue du pays, selon M. Moratinos qui a lui promis d'oeuvrer, lors de la présidence espagnole de l'UE au premier semestre 2010, à la suppression de "la position commune" considérée à Cuba comme une "ingérence".
La position commune de 1996 lie la coopération au respect des droits et libertés sur l'île communiste qui compte au total, selon la dissidence, 200 prisonniers politiques.
Interrogés par l'AFP, des dissidents se sont dits heureux de la libération d'un prisonnier mais outrés par l'utilisation des détenus politiques comme, selon eux, "monnaie d'échange".
"Le gouvernement cubain utilise les prisonniers comme des otages pour ses négociations avec les autres pays. Moratinos ne doit pas voir cela comme une victoire car il n'a presque rien obtenu", a déclaré Miriam Leiva, responsable des "Dames en blanc" qui regroupent des épouses de prisonniers politiques.
Elizardo Sanchez, chef de la Commission - illégale mais tolérée - pour les droits de l'Homme et la réconciliation nationale, a lui qualifié de "grimace sardonique" "ce que certains diplomates appellent un +geste du gouvernement de Cuba+", en raison de la "quantité de prisonniers qui restent sous les verrous".
Madrid avait déjà été en première ligne pour obtenir l'an dernier la levée des sanctions européennes et la reprise de la coopération entre Bruxelles et La Havane. Celle-ci avait été suspendue en 2003 après la vague d'arrestations de 75 militants, dont M. Aguiar.
La coopération reste cependant difficile en raison de la question des droits de l'Homme.
Après des années de refus, Cuba avait également autorisé en juin dernier une militante et célèbre neurochurirgienne, Hilda Molina, à se rendre en Argentine auprès de sa famille, après une visite de la présidente argentine Cristina Kirchner.
Mme Kirchner et M. Moratinos n'avaient pas rencontré de dissidents lors de leur séjour.
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